113 Il était dit que la Birmanie serait le pays le plus pauvre que l’on traverserait. Il était dit que le peuple birman serait un des plus chaleureux rencontré. Il était dit aussi que traverser la Birmanie serait comme remonter les aiguilles du temps de 150 ans. Il était dit enfin que l’oppression de la junte serait insidieuse et difficile à déceler, mais bien réelle. C’est donc avec beaucoup d’a prioris et énormément d’interrogations que je franchis les portes de ce pays unique, à pied, comme peu ont l’occasion de le faire.

Les premières impressions douchent cependant mes attentes, certainement en raison du sens de l’itinéraire… Les checkpoints de la junte sont omniprésents sur la Burma Road, et, pour certains, particulièrement tendus (hurlements excités à la fenêtre du van, air hébété et fébrilité dans les gestes du passeur, …), donnant un sentiment général d’étouffement oppressant. La vie, elle, semble globalement similaire à celle observée dans les zones rurales chinoises, mais, après explications, la cause vient de la proximité de la frontière chinoise et son lot d’exportations de véhicules, machines-outils et électro-ménager à bas prix.

101 Mais une fois le tronçon Muse – Lashio, d’accès très règlementé pour les étrangers, laissé derrière nous, la situation semble changer à mesure de chacun des kilomètres de route poussiéreuse avalé péniblement par notre bus vers Mandalay. Mandalay, deuxième ville du pays, capitale royale, donne l’impression d’un favela brésilien ou d’un ghetto indien, même au coeur du centre-ville. Bâtiments en ruine, éclairage publique quasi absent, rues poussiéreuses bordées d’immondices et parsemées de douches publiques à base de bassines rouillées, et le tout baigné dans une fournaise irrespirable, le dépaysement est effectivement au rendez-vous. La route vers Bagan, principale attraction touristique du pays, tient plus d’une piste dans la savanne, et les pannes à répétition des bus n’aident pas à raccourcir les 10 heures de trajet pour effectuer ces quelques 250 kilomètres.

117 Quant aux zones vraiment rurales découvertes durant le trekking de 3 jours, elles confirment le sentiment de saut dans le temps. Les déplacements se font en carrioles tractées par des chevaux, les travaux des champs se font à la houe, au soc, et à la charrue à boeuf. Ici, peu d’engrais, pas de jachères, mais le slash-and-burn de la forêt sub-tropicale, l’exploitation pendant 3 ans, puis la migration un peu plus loin pour appliquer le même modèle. L’économie est encore guidée principalement par le secteur primaire, les Birmans des champs vivant plus confortablement que les Birmans des villes. Les paysages sont très sauvages, à peine entrecoupés de zones agricoles, les usines étant rares (ce qui explique en partie l’alimentation électrique restreinte à quelques heures par jour). Quant au tertiaire, il se développe surtout grâce au tourisme, mais bat sérieusement de l’aile depuis les évènements de 1988 et 2007.

131 Mais la vraie richesse de ce pays est ailleurs. Ce n’est ni la vitrine de modernité affichée par la junte au travers de sa nouvelle capitale, ni l’environnement encore brut, riche de paysages non-surexploités. Ce n’est ni l’héritage culturel époustouflant d’un Bagan découvert au coucher du soleil, ni les pierres précieuses les plus rares au monde extraites à Mogok. Non, la vraie richesse de la Birmanie réside en son peuple extraordinaire. Un peuple dont la discrétion tranche singulièrement avec l’exhubérance bruyante du voisin chinois. Un peuple qui s’est comme drappé dans sa dignité pour s’excuser de l’impression que peut laisser son pays sur le visiteur. Mais un peuple chaleureux et d’une curiosité étonnante une fois l’intimité installée. Un peuple qui parle sans détour de la vie au jour le jour dans son pays, mais dont le regard plonge alors vers le sol, se brouille, et la voix se fait sombre, presque rauque, laissant deviner les cicatrices de la vie si bien dissimulées. Un peuple qui, malgré les diversités ethniques rencontrées, Birmans, PaDaung, Danu, Inssa, PaLaung, TaungYo, Pa-O, montre la même curiosité simple et désintéressée envers l’étranger, et dont l’hospitalité ne se dément jamais.

Plutôt que les temples de Bagan, plutôt que les villes royales des environs de Mandalay, plutôt que les jardins flottants ou la nature luxuriante du Lac Inlee, plutôt que Rangoon la coloniale, c’est bien ce peuple birman qui restera gravé dans mes souvenirs de ce pays atemporel et unique.

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3 Comments on “This is Burma. It’s quite unlike any place you know about”

  1. Jeuyl says:

    Définitivement fan de ce blog! Merci pour ces quelques tranches de monde qui offrent un vrai bol d’air…

    En tant que concernée par “le rdv d’Hanoi”, j’ai l’impression que le suspense planera jusqu’à mon arrivée. A vrai dire, ça ne m’inquiète pas trop. Plutôt envie de prendre les choses comme elles viennent. Surtout pour ce voyage-là! Et puis, il y a de toutes façons 1001 choses à découvrir. Rien ne m’empêche de prendre un peu d’avance. Me dégoterai bien un petit reportage à faire ;)

    • JB says:

      Héhé, merci, ca fait plaisir… et venant d’une journaliste, je vais meme prendre ca comme un compliment ;) Bon finalement Yann a reussi a me convaincre, on a tracé, on vient d’arriver au Laos, donc normalement on devrait arriver a temps a Hanoi… mais sache quj j’ai fait des compromis énormes haha, j’ai fait sauter une journée de varappe dans le montagnes thaie pour ca… Ca merite bien que tu me ramenes un petit camembert de France… Le vietnam, je sais pas tro[, je vous laisse gerer l’itineraire, j’ai pas specialement d’attente a part un peu de plongee, mais pour le Cambodge, j’ai prevu un petit programme a la Indiana Jones, prepare la combinaison de protection contre les tigres et le detecteur de mines anti-personnel!

  2. Jeuyl says:

    Un camembert? Tu te fous de moi?! Déjà, j’aime pas ça. Secondo, à tous les coups, je reste coincée à Singapour avec ce genre de pâte blanchâtre. Et tous les compromis concédés s’envoleraient en fumée. Ou en odeur de fromage-qui-pue-qui-a-trop-chaud!

    Hmm me réjouis de l’aventure dans la jungle cambodgienne. Mais pas sûre d’oser concurrencer Lara Croft… Côté climbing, il paraît qu’il existe des sites bien corsés dans les montagnes vietnamiennes, près de la baie d’Along. Ta légendaire abnégation serait ainsi récompensée… Mais ce sera sans moi vu comme j’ai galéré sur le Salève la semaine dernière! A moins que je ne joue les paparazzi§?

    En tout cas, merci pour l’effort. Je me réjouis de vous retrouver à Hanoi pour un p’tit samedi soir en plein jetlag ;o) Va falloir fêter mon baptême d’Asie!

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